Global Summit of Women 2003
Marrakech, Morocco

ENHANCING WOMEN'S ROLE IN ECONOMIC DEVELOPMENT

Zoulikha NASRI, Conseiller de Sa Majesté le Roi Mohammed VI

 PLAN

I.                   Introduction : les Attentes du sommet Global des Femmes

II.                Le parcours de la Femme pour le Développement

·        L’avènement de la révolution industrielle

·        Les transformations démographiques et les mutations économiques et sociales

·        Le retard des pays du Sud

III.             La femme acteur du développement

A.     La Femme acteur du changement

·        Les différentes étapes de promotion de la femme

·        L’affirmation du statut de la femme

·        Le rôle du mouvement associatif

B.     Les mesures prises pour la promotion de la femme

·        L’accès à l’éducation

·        La planification familiale et le développement des systèmes de santé.

·        L’organisation du travail

·        La promulgation de conventions en matière de Droits de l’Homme.

·        La modification du code de la famille

·        L’instauration de la démocratie

·        L’initiation de mesures d’encouragement à la représentation politique de la femme.

 

IV.              Le cas du Maroc

·        L’avènement de l’indépendance : La scolarisation des filles

·        L’évolution du concept de la famille

·        Le recours de la femme au travail rémunéré

·        Les mesures d’encouragement du travail de la femme

·        L’évolution du statut économique et social de la femme et son dynamisme dans le mouvement associatif

·        La femme acteur politique

I. Introduction

La 13ème édition du Sommet Global des Femmes se tient dans une conjoncture internationale difficile. Confronté à l’incertitude et à des situations complexes, le monde, en pleine mutation, est toujours à la recherche de ses équilibres politiques, écologiques et économiques. Pourtant, jamais le monde n’a autant produit, ni autant consommé.  La libéralisation des marchés, la globalisation des économies, l’expansion des flux commerciaux, le développement extraordinaire des technologies et des procédés d’information ont engendré une croissance économique sans précédent. Mais cette croissance est très inégalement répartie à travers la planète. De même, et à des degrés divers, de larges franges de populations dont la majorité est constituée de femmes, sont exclues de cette croissance. Sur le 1,3 milliard de pauvres qui vivent avec moins d’un dollar par jour, 900 millions sont des femmes. Autrement dit, 70% de la population vivant dans un état d’extrême pauvreté seraient des femmes

Pourtant, la femme est reconnue en tant qu’acteur économique à part entière. Les écrits qu’on lui consacre ne se comptent plus. Comme ne se comptent plus, les réunions, séminaires, manifestations de tous genres qu’on organise pour débattre de son statut. C’est dans ce cadre que les Nations Unies lui ont réservée une session extraordinaire de l’assemblée générale pour dégager les voies et moyens à mettre en oeuvre pour favoriser sa promotion et sa protection. Des recommandations, voire des conventions ont été signées en la matière. Les institutions régionales (Ligue Arabe, Union Africaine…) ont fait de même. Partout dans le monde, on  multiplie les structures d’observation, d’analyse et d’évaluation de la situation des femmes. La plupart des pays ont initié des commissions ou des départements ministériels chargés de la promotion des femmes. Les associations de femmes poussent comme des champignons.

Par conséquent, la femme est au centre des débats depuis un demi siècle et une initiative telle que le Sommet Global des femmes est-elle en mesure d’enrichir ce débat et d’aboutir à des  avancées au profit des femmes ? Personnellement, je réponds sans hésitation par l’affirmative pour trois raisons essentielles : 

a.                   La démarche partenariale du Sommet. La participation englobe des représentants des gouvernements, des opérateurs publics et privés relevant de secteurs  aussi variés que les finances, l’économie, les domaines sociaux, ainsi que des leaders d’opinions et des acteurs de la société civile provenant d’horizons divers.

  Cette approche offre l’avantage d’aborder les sujets selon des points de vue variés et à partir de positions culturelles, politiques, sociales ou professionnelles différentes. Cette variété ne peut que conférer aux débats une cohérence étroite avec la réalité des situations et une créativité novatrice dans les solutions préconisées. 

b.                   L’organisation des débats autour de l’entreprenariat féminin, développé et analysé par les femmes qui le vivent au quotidien avec ses problèmes et ses défis, inscrit cette manifestation dans l’environnement professionnel des femmes avec ses particularités managériales, commerciales et  technologiques. Ceci fait du Sommet un espace mondial d’échanges des idées et des expériences et une plate-forme d’évaluation des perspectives de marchés à investir par les femmes et les réseaux pour la vulgarisation des connaissances et l’édification des aptitudes. 

c.                    La régularité des réunions du Sommet et leur organisation à chaque fois, dans une région différente, contribuent à conférer  au Sommet un rayonnement international et à le doter du statut d’un prescripteur d’opinion qui contribue à la conception de la pensée universelle et à la construction du futur de l’humanité. 

Aussi, je tiens à présenter à Madame Irène Natividad et à l’ensemble des membres du Comité d’Organisation mes sincères remerciements  pour les efforts louables qu’elles déploient. Comme je tiens à les féliciter pour les résultats obtenus en réussissant de faire du Sommet Global des Femmes une manifestation consensuelle, crédible et légitime.

 II /. Le  Parcours de la Femme pour le Développement 

Le statut de la femme et son rôle dans le développement, ne peuvent être perçus ni à travers la lecture des textes conçus pour elles, sachant que beaucoup d’entre eux sont purement théoriques, ni par la seule analyse, froide et impersonnelle,  des statistiques et de comparaisons d’une région à une autre. Ce statut est avant tout, le reflet de l’héritage culturel et civilisationnel des nations et  du degré  de développement et de modernisation de leur économie. La mécanisation, l’industrialisation et les transformations des modes de production et de l’organisation du travail qu’elles ont générées, ont engendré des mutations sur la composante démographique, les comportements sociaux, la configuration des familles, de leurs valeurs et de leurs rapports de force. Dans l’économie agricole, la femme assume une charge importante mais au sein de la famille ; elle n’a aucun statut en dehors de la famille, voire du village ou de la tribu. Ses tâches sont énormes, son temps est réparti entre les soins de sa famille et les travaux agricoles. Dans les villes, les travaux agricoles étaient compensés souvent, par les travaux d’aiguilles et la confection d’articles d’artisanat. Dans un cas comme dans l’autre, le travail de la femme n’était pas rémunéré car, et c’est encore le cas  aujourd’hui, dans certaines régions et dans divers pays, son travail correspondait à sa mission de fille, d’épouse ou de mère.

 L’avènement de la révolution industrielle

Jusqu’au XVIIIème siècle,  la plupart des  femmes se trouvaient dans cette situation. Quelles que soient leurs origines, et le pays de leur naissance ou de leur résidence, leur vie était régie  par la place qu’elles détenaient dans leur famille. Leur citoyenneté ne pouvait s’exprimer en dehors de leur père, leur mari et à défaut leur tuteur. L’accès de la femme au travail et la rémunération de ses efforts vont contribuer à transformer cette situation. En effet, progressivement, la femme investit le monde du travail en tant qu’ouvrière dans les usines. En Europe et ailleurs, les guerres accentuent le processus, les usines ont besoin de main-d’œuvre pour remplacer les hommes mobilisés. Elle investit également, certains secteurs publics tels que les services de santé et de l’enseignement qui prolongent ses fonctions maternelles naturelles. Toujours est-il que son travail salarié est d’abord perçu comme une contrainte de la vie. Il engendre des ressources complémentaires au père ou au mari, et de manière générale à la famille. Avec le temps, le travail rémunéré conforté par l’accès de la femme à l’éducation,  deviendra une forme d’expression et de confirmation de l’identité de la femme sans pour autant perdre son caractère de nécessité économique. Autrement dit, en lui assurant l’autonomie financière, le travail de la femme se transforme en facteur de promotion sociale et non, comme c’était le cas auparavant, une simple réponse à son indigence.

 Les transformations démographiques et les mutations économiques et sociales

Ayant gagné son autonomie, la femme se mobilise pour réussir sa citoyenneté. Dynamique mais  maillon faible de la famille,  la femme n’en sera pas moins l’acteur principal des mutations des comportements sociaux et des relations dans la famille. Son espace strictement interne s’étend par son travail à l’extérieur qui était le domaine réservé des hommes. Le temps qu’elle réservait à sa famille diminue même si elle continue, et aujourd’hui encore, à s’occuper des travaux domestiques. La nouvelle organisation du temps et la sécurité financière auront des conséquences au niveau de l’âge du mariage et du taux de fécondité. Il s’en suit une situation nouvelle : la famille se rétrécit,  le caractère patriarcal perd du terrain, les valeurs familiales s’amenuisent  et de nouveaux modèles culturels voient le jour. Bref, la famille traditionnelle recule et on assiste à la valorisation de l’individu et à l’émergence de nouvelles structures telles que les syndicats, les associations et les partis politiques.

 Le retard des pays du Sud

L’évolution de la femme à travers le monde ne s’est pas opérée avec la même cadence, ni selon le même scénario. Elle a été plus ou moins lente, en considération des conditions politiques et économiques de chaque nation et de la dimension socioculturelle de chaque peuple. Si la situation de la femme dans les pays occidentaux est celle qui est développée ci-dessus, il n’en est pas de même dans les autres pays, d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine. Jusqu’au milieu du XXème siècle, la plupart de ces pays étaient des colonies ou des protectorats et se distinguaient par des économies traditionnelles et faibles. C’est dans ces pays où se trouve actuellement le plus grand nombre de femmes pauvres et dépourvues de statut économique. Néanmoins, l’accès de la femme à l’éducation a constitué un facteur dynamisant pour la promotion des femmes dans ces pays. Bien que l’illettrisme est encore très répandu, il n’en demeure pas moins que les femmes font preuve d’une prise de conscience extraordinaire de leur situation ainsi que  de courage et d’ingéniosité pour améliorer leurs conditions de vie et intégrer le développement. Si l’écart entre pays développé et pays à faible revenu reste important, vu du côté du statut de la femme, on constate que certains pays en développement ont brûlé les étapes et sont arrivés à un degré de promotion de la femme, analogue à  celui des pays occidentaux. La volonté politique, les  stratégies adoptées et les mesures d’accompagnement ont conforté les efforts accomplis par les femmes de ces pays.

III. / La femme acteur du développement 

A.     La femme acteur du changement

L’évolution extraordinaire opérée par la femme, ne lui a pas conféré facilement le statut d’acteur du développement.  Pendant longtemps et en dépit de son investissement dans la vie active, elle est restée un travailleur consciencieux, souvent pas aussi bien rémunéré que l’homme et végétant dans les échelles inférieures de la hiérarchie professionnelle et sociale.

 Les différentes étapes de promotion de la femme

L’accès des femmes à tous les niveaux de la formation, y compris les plus spécialisés, leur volonté de réussir, l’allégement de leur travail domestique par le recours à des appareils ménagers modernes et l’amélioration de leurs conditions de vie et la transformation des comportements sociaux, leur permettent de s’affirmer et de s’organiser de manière à faire face à leurs obligations familiales comme à leurs devoirs professionnels. Elles prennent conscience de la nécessité d’établir des plans de carrière ou de créer leurs  propres entreprises. 

L’affirmation du statut de la femme

Mais la participation des femmes dans la vie publique, reste en dépit de cela, limitée alors même que sa formation poussée aux degrés les plus élevés et ses compétences lui permettent d’accéder aux emplois les plus variés et à différentes fonctions de responsabilité dans le public comme dans le privé.

 Le rôle du mouvement associatif

Pour compenser cette exclusion, la femme, trouvera dans les associations, un terrain propice pour s’exprimer, plaider pour l’amélioration de son statut et défendre sa vision à l’égard des sujets qui préoccupent sa collectivité, son pays et par suite l’humanité. Sous son impulsion, se créent des milliers d’associations aux préoccupations variées. Humanitaires, dans une première phase, les associations créées ou dominées par les femmes touchent à tous les aspects de la vie  politique, économique, sociale, culturelle, scientifique, écologique… . Comme on dit, la femme  est de toutes les causes. Par ailleurs, la femme s’impose en tant qu’acteur de proximité, démontrant des compétences indéniables d’assistance et d’insertion des  populations démunies ou en situation précaire.  En effet, la complexité de la vie, l’accroissement des besoins et la mobilité des populations, l’urbanisation intense et l’éclatement des systèmes traditionnels de soutien et de cohésion sociale, incitent les femmes à créer de nouvelles structures où s’expriment de nouvelles formes de solidarité et de citoyenneté.

 Cette forme d’expression renforce davantage la confiance des femmes en elles-mêmes et  les encourage à investir la vie politique. Commencé timidement lors de la deuxième moitié du XXème  siècle,  le mouvement s’élargit peu à peu. Les femmes sont représentées au Parlement et prennent en charge des portefeuilles ministériels. Certaines mêmes dirigent les gouvernements. Par ailleurs, on les retrouve de plus en plus dans la gestion communale. Mais ce mouvement outre qu’il n’est pas général,  reste loin de la parité souhaitée par les femmes.

B.     Les politiques engagées pour la promotion de la femme

 La volonté de la femme et les efforts qu’elle a accomplis pour opérer le changement, n’auraient pas suffi à favoriser sa promotion si, par ailleurs, la société dans son ensemble n’avait pas suivi et si les décideurs politiques n’avaient pas adopté des mesures appropriées. 

Phénomène sociétal, fruit du développement et des mutations sociales, la promotion de la femme a été plus ou moins encouragée, voire imprimée par des décisions politiques.

Dans les sociétés traditionnelles, la femme est modelée par les valeurs familiales et le système socioculturel dominant qui  voit dans la différence biologique une différence sociale dans les aptitudes et les compétences entre les sexes. Cette différence se traduit par l’incompétence supposée de la femme à assumer certains rôles et à se voir confier certaines attributions.   La femme est un être faible et dépendant de l’homme à qui elle doit être soumise, à charge pour lui d’assurer sa protection.

Le caractère discriminatoire de cette situation sera perçu au fur et à mesure de l’élargissement des connaissances et du savoir des femmes.

L’accès des femmes à l’éducation est, à raison, considéré comme le premier acte politique pris en faveur de la femme. Le caractère obligatoire de l’éducation gagnera progressivement la résistance des familles.

Les mesures prises en matière de planification familiale et le développement des systèmes de santé contribuent à l’allégement des charges familiales de la femme, au  renforcement de son immunité sanitaire et de celle de ses enfants. Grâce aux  programmes de santé mis en œuvre, la mortalité prénatale et infantile régresse ; il en est de même de la mortalité maternelle. La femme acquiert un bien-être qui  lui permet de concilier sa vie familiale et sa vie professionnelle. 

L’organisation du travail et sa réglementation sont un autre facteur de  promotion de la femme. La levée des  comportements et des réglementations discriminatoires du travail des femmes dans divers domaines et l’instauration de règles tenant compte de sa situation (congé de maternité, période d’allaitement, éducation des enfants en bas âge, temps aménagé…), ouvrent de nouvelles perspectives à la femme. Une série de conventions internationales ont été adoptées par l’OIT  :  Convention n°111 concernant la discrimination en matière d’emploi et de profession, Convention n°100 concernant l’égalité de rémunération entre l’homme et la femme, Convention n°138 concernant l’âge minimum d’admission à l’emploi…

La promulgation de conventions en matière de Droits de l’Homme reconnaissant aux êtres humains les mêmes droits et les mêmes obligations. Il s’agit pour l’essentiel du Pacte international relatif aux droits civiques et politiques, le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. En ce qui concerne la femme, on note tout particulièrement la Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à son égard (CEDAW). Avec cette nouvelle approche, le  concept du genre prend de l’ascendant sur la notion de différence sociale qui ne peut être que discriminatoire. Outre la prise en compte de ces conventions par les lois internes, des structures (observatoires, conseils, commissions…) sont mises en place pour suivre et évaluer l’application de ces mesures.

La modification du code de la famille, dans le sens d’une meilleure répartition des rôles du père et de la mère et de l’instauration d’un pouvoir partagé dans la gestion des affaires familiales confortent le sentiment d’équité et de justice des femmes.

L’instauration de la démocratie et la prise de conscience de la nécessité de faire participer toutes les populations aux affaires du pays, ouvrent la voie à la femme d’élire  et d’être élue dans les conseils communaux et au niveau du Parlement.

L’initiation de mesures d’encoragement à la représentation politique de la femme et son accès aux postes de responsabilité par l’instauration de systèmes de quotas, couronnent l’ensemble des mesures prises pour favoriser la promotion de la femme et consolider son rôle dans le développement.

  Mais ces mesures n’ont pas un caractère général. La promotion de la femme et la consolidation de sa position sont étroitement liées à la stabilité et au degré d’ouverture politique de chaque pays, ainsi qu’à son  développement socio-économique.

IV. /  Une lecture du cas du Maroc 

Le processus de promotion de la femme marocaine, se retrouve dans les tendances exposées dans les  développements précédents. Mais son déclenchement est plus tardif. Il coïncide avec l’indépendance du Maroc intervenue en 1956. 

 L’avènement de l’indépendance : La scolarisation des filles

Pays de culture arabo-musulmane, le Maroc de l’indépendance est dominé par des pratiques traditionnelles où la femme est respectée mais n’a aucun statut en dehors de sa famille.

L’ouverture des portes de l’école aux femmes par feu Sa Majesté Mohammed V, fût déterminante pour la promotion féminine.  Cette politique sera accélérée et consolidée par feu Sa Majesté Hassan II et par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Représentant actuellement plus  de la moitié de la population marocaine, la femme connaît une promotion extraordinaire fruit de son accès massif à l’éducation  et des mutations socio-économiques connues par le Maroc.

 L’évolution du concept de la famille

La scolarisation, le développement de l’industrie et de la technologie, le salariat, l’urbanisation, le recul des activités agricoles, la valorisation de l’individu, les avancées politiques, ont généré des transformations sociales et démographiques importantes et ont donné lieu à des modèles culturels différents du vécu marocain des années cinquante, dominé alors, par des structures familiales façonnées autour de l’homme. C’est vrai, qu’en plus de sa fonction procréatrice, la femme assumait une charge importante au sein de la famille en tant qu’assistante agricole ou de soutien économique grâce à ses travaux d’aiguille, de tissage, de confection de tapis et d’ustensiles utiles à la famille et autres produits dont une part était commercialisée par des canaux traditionnels et essentiellement par les hommes. Bref, bien qu’active, la femme se devait d’être un sujet obéissant.

Le recours de la femme au travail rémunéré

La scolarisation et l’accès de la femme au travail rémunéré changeront considérablement la donne. Ses premiers diplômes lui permettent d’être recrutée dans divers secteurs publics et privés. Considéré comme une réponse à des contraintes économiques, le  travail de la femme deviendra par la suite un facteur de promotion sociale. Cette transformation intervient au cours des années quatre-vingt avec l’arrivée en masse d’un grand nombre de diplômées de l’enseignement supérieur  et l’ouverture du Maroc sur la modernité.  En  s’assurant son autonomie financière, la femme affirme son identité et son statut en tant qu’acteur social et économique. La femme devient ainsi,  une source d’énergie extraordinaire et un levier remarquable du développement économique et social du Maroc. Son ascendance prendra des proportions importantes et aucune activité ne lui échappe même celles supposées exclusivement masculines. On la retrouve à tous les niveaux de l’enseignement, médecin, avocat, magistrat et même président de tribunal ou de chambre de la Cour Suprême, haut cadre de l’Administration et des entreprises publiques ou privées. Elle s’inscrit très vite dans la haute technologie, elle est ingénieur des mines, pilote d’avion … . Elle est aussi journaliste, artiste.

Loin d’être élitiste, la participation de la femme dans la vie active est importante. Dans l’administration publique son taux de participation se situe au tiers de l’effectif global. A l’indépendance du Maroc, ce taux était de 1,5%. De manière générale, selon l’enquête réalisée par la Direction de la Statistique en 2001, le taux d’activité des femmes âgées de 15 ans et plus est de 25,5%. Ce taux ne tient pas compte du domaine informel où les femmes tiennent une grande part mais souvent dans la précarité. Dans la fonction publique, ce taux est de 34%. A la même date, le nombre des diplômées supérieures était  de 146000, certes inférieur à celui des hommes (268 519), mais sa progression  sur 15 ans est beaucoup plus significative (3,42 pour les femmes contre 2,22 pour les hommes). On assiste également à une percée des femmes, toute relative, mais encourageante aux postes de décision. En ce qui concerne le secteur public, on  compte actuellement  17 femmes au poste de directeur de l’Administration centrale, trois directeurs généraux d’établissement publics, trois doyens de facultés et une présidente d’université.  Le même phénomène est relevé en ce qui concerne le secteur privé où les cadres féminins sont nombreux. Comme on observe des créations de plus en plus nombreuses, d’entreprises par les femmes, sans oublier le regroupement de femmes dans le cadre de coopératives.

Les mesures d’encouragement du travail de la femme

Toujours est-il, bien qu’en retrait par rapport à l’homme, la femme marocaine contribue réellement, au développement de son pays. Et si on perçoit encore des inégalités au niveau du travail de la femme, celles-ci sont liées à des comportements sociaux et non au législateur marocain qui n’a ménagé aucun effort pour respecter les engagements internationaux du Maroc et garantir aux femmes l’exercice de leur activité sur le même pied d’égalité que les hommes quel que soit le domaine, privé ou public. Par ailleurs, la législation marocaine confirme le droit de la femme au travail sans l’autorisation de son mari, impose l’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes et permet aux femmes de participer à la vie économique et sociale du pays, au même titre que les hommes. Comme elle lui garantit le droit d’association et de création de syndicats professionnels.

Les hautes fonctions exercées par la femme ne doivent pas nous faire oublier ces métiers de proximité (policier, facteur, chauffeur de taxi ou de bus…) qui sont perçus comme étant valorisants, mais dont  leur exercice met la femme en contact direct avec les couches sociales les plus diverses attestant ainsi de l’acceptation par la société  marocaine du travail de la femme

Cette promotion bien qu’elle ne satisfasse pas les femmes qui, à juste titre, ambitionnent à plus, n’a pas été pourtant acquise rapidement. Elle se situe dans le cheminement d’un long processus de transformation des structures familiales avec des effets directs sur la reproduction démographique et le comportement de la femme qui marque sa rupture avec le modèle traditionnel où elle se trouvait confinée dans un rôle de procréateur. L’indice de fécondité connaît une diminution importante. Il passe de 5,91 en 1980 à 2,97 en 1999. Quant à l’âge moyen à la maternité, il passe pour la même période, de 29,8 à 33,3 ans. Outre l’amélioration des indices sociaux (diminution des taux de mortalité néonatale, infantile et de la malnutrition, augmentation du taux de scolarisation même si le taux d’analphabétisme reste important surtout dans le rural…), ces mutations se traduisent par la réduction de la taille de la famille  et par l’atténuation de son influence sur les individus au profit d’autres structures plus modernes et notamment les partis politiques et les associations qui vont contribuer à moderniser les fonctions de la famille. Celle-ci  évolue en termes de ménage avec un rôle plus important pour la femme/

L’évolution du statut économique et social de la femme et son dynamisme dans le mouvement associatif 

Plus que dans les partis, la femme s’inscrit avec force dans les associations où elle s’adjuge un espace d’expression et de décision. Et c’est sans surprise qu’on voit se multiplier le nombre d’associations créées et dirigées par les femmes. C’est d’ailleurs à travers les associations que la femme marocaine  est arrivée   à mieux faire reconnaître l’exercice de sa citoyenneté, à engager les débats autour des causes féminines et à défendre les intérêts communs à toutes les femmes au-delà de leurs appartenances politiques et professionnelles comme   en témoignent les doléances des femmes à Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour la révision du statut personnel  pour corriger les injustices qu’elles subissent en matière de mariage, de divorce et autres aspects relationnels au niveau de la famille. La création d’une Commission Royale chargée de faire évoluer ce dossier est une réponse directe au nouveau rôle de la femme. L’évolution socio économique du Maroc rend en effet nécessaire l’amélioration du code de la famille et du statut de la femme qui ont été promulgués au lendemain de l’indépendance. Les modifications que ces textes ont connues au début des années quatre-vingt, bien qu’importantes, n’assurent plus à la femme la protection et la promotion auxquelles elle aspire.

 La femme acteur politique

On note également le dynamisme du mouvement associatif féminin pour un plus grand accès des femmes aux postes de décision et de représentativité politique. Les partis politiques ont été jusqu’alors incapables de satisfaire leurs militantes. Ce fût Feu Sa Majesté le Roi Hassan II qui brisera le tabou en  nommant  4 femmes dans le gouvernement, en 1997. Le premier gouvernement d’alternance issu des partis politiques majoritaires n’en désigna que deux, en 1998. Mais le processus étant lancé, il devient irréversible. Outre la nomination des femmes aux postes  de ministres, on note la désignation d’ambassadeurs ainsi que l’élection de conseillers communaux de députés et conseillers parlementaires. L’introduction du concept du quota dans le code électoral s’est traduite par l’élection de 30 femmes dans le parlement actuel. Cet événement, a été à juste titre, considéré comme un fait majeur dans la vie politique marocaine.  

Les avancées du Maroc dans le domaine des Droits de l’Homme et des libertés publiques, sa détermination pour l’édification d’un Etat démocratique et moderne constituent des gages pour la promotion de la femme. Mais il reste beaucoup à faire pour consolider les acquis de la femme.

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