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Global Summit of Women 2003
Marrakech, Morocco
ENHANCING WOMEN'S ROLE IN ECONOMIC DEVELOPMENT
Zoulikha NASRI,
Conseiller de Sa Majesté le Roi Mohammed VI
PLAN
I.
Introduction : les Attentes du sommet Global des Femmes
II.
Le parcours de la Femme pour le Développement
·
L’avènement
de la révolution industrielle
·
Les
transformations démographiques et les mutations économiques et sociales
·
Le retard des
pays du Sud
III.
La femme acteur du développement
A.
La Femme acteur du changement
·
Les
différentes étapes de promotion de la femme
·
L’affirmation
du statut de la femme
·
Le rôle du
mouvement associatif
B.
Les mesures prises pour la promotion de la femme
·
L’accès à
l’éducation
·
La
planification familiale et le développement des systèmes de santé.
·
L’organisation du travail
·
La
promulgation de conventions en matière de Droits de l’Homme.
·
La
modification du code de la famille
·
L’instauration de la démocratie
·
L’initiation
de mesures d’encouragement à la représentation politique de la femme.
IV.
Le cas du Maroc
·
L’avènement
de l’indépendance : La scolarisation des filles
·
L’évolution
du concept de la famille
·
Le recours de
la femme au travail rémunéré
·
Les mesures
d’encouragement du travail de la femme
·
L’évolution
du statut économique et social de la femme et son dynamisme dans le
mouvement associatif
·
La femme
acteur politique
I. Introduction
La 13ème
édition du Sommet Global des Femmes se tient dans une conjoncture
internationale difficile. Confronté à l’incertitude et à des situations
complexes, le monde, en pleine mutation, est toujours à la recherche de ses
équilibres politiques, écologiques et économiques. Pourtant, jamais le monde
n’a autant produit, ni autant consommé. La libéralisation des marchés, la
globalisation des économies, l’expansion des flux commerciaux, le
développement extraordinaire des technologies et des procédés d’information
ont engendré une croissance économique sans précédent. Mais cette croissance
est très inégalement répartie à travers la planète. De même, et à des degrés
divers, de larges franges de populations dont la majorité est constituée de
femmes, sont exclues de cette croissance. Sur le 1,3 milliard de pauvres qui
vivent avec moins d’un dollar par jour, 900 millions sont des femmes.
Autrement dit, 70% de la population vivant dans un état d’extrême pauvreté
seraient des femmes
Pourtant, la
femme est reconnue en tant qu’acteur économique à part entière. Les écrits
qu’on lui consacre ne se comptent plus. Comme ne se comptent plus, les
réunions, séminaires, manifestations de tous genres qu’on organise pour
débattre de son statut. C’est dans ce cadre que les Nations Unies lui ont
réservée une session extraordinaire de l’assemblée générale pour dégager les
voies et moyens à mettre en oeuvre pour favoriser sa promotion et sa
protection. Des recommandations, voire des conventions ont été signées en la
matière. Les institutions régionales (Ligue Arabe, Union Africaine…) ont
fait de même. Partout dans le monde, on multiplie les structures
d’observation, d’analyse et d’évaluation de la situation des femmes. La
plupart des pays ont initié des commissions ou des départements ministériels
chargés de la promotion des femmes. Les associations de femmes poussent
comme des champignons.
Par
conséquent, la femme est au centre des débats depuis un demi siècle et une
initiative telle que le Sommet Global des femmes est-elle en mesure
d’enrichir ce débat et d’aboutir à des avancées au profit des femmes ?
Personnellement, je réponds sans hésitation par l’affirmative pour trois
raisons essentielles :
a.
La démarche
partenariale du Sommet. La participation englobe des représentants des
gouvernements, des opérateurs publics et privés relevant de secteurs aussi
variés que les finances, l’économie, les domaines sociaux, ainsi que des
leaders d’opinions et des acteurs de la société civile provenant d’horizons
divers.
Cette
approche offre l’avantage d’aborder les sujets selon des points de vue
variés et à partir de positions culturelles, politiques, sociales ou
professionnelles différentes. Cette variété ne peut que conférer aux débats
une cohérence étroite avec la réalité des situations et une créativité
novatrice dans les solutions préconisées.
b.
L’organisation des débats autour de l’entreprenariat féminin, développé et
analysé par les femmes qui le vivent au quotidien avec ses problèmes et ses
défis, inscrit cette manifestation dans l’environnement professionnel des
femmes avec ses particularités managériales, commerciales et
technologiques. Ceci fait du Sommet un espace mondial d’échanges des idées
et des expériences et une plate-forme d’évaluation des perspectives de
marchés à investir par les femmes et les réseaux pour la vulgarisation des
connaissances et l’édification des aptitudes.
c.
La
régularité des réunions du Sommet et leur organisation à chaque fois, dans
une région différente, contribuent à conférer au Sommet un rayonnement
international et à le doter du statut d’un prescripteur d’opinion qui
contribue à la conception de la pensée universelle et à la construction du
futur de l’humanité.
Aussi, je
tiens à présenter à Madame Irène Natividad et à l’ensemble des membres du
Comité d’Organisation mes sincères remerciements pour les efforts louables
qu’elles déploient. Comme je tiens à les féliciter pour les résultats
obtenus en réussissant de faire du Sommet Global des Femmes une
manifestation consensuelle, crédible et légitime.
II /. Le Parcours de la Femme
pour le Développement
Le statut de
la femme et son rôle dans le développement, ne peuvent être perçus ni à
travers la lecture des textes conçus pour elles, sachant que beaucoup
d’entre eux sont purement théoriques, ni par la seule analyse, froide et
impersonnelle, des statistiques et de comparaisons d’une région à une
autre. Ce statut est avant tout, le reflet de l’héritage culturel et
civilisationnel des nations et du degré de développement et de
modernisation de leur économie. La mécanisation, l’industrialisation et les
transformations des modes de production et de l’organisation du travail
qu’elles ont générées, ont engendré des mutations sur la composante
démographique, les comportements sociaux, la configuration des familles, de
leurs valeurs et de leurs rapports de force. Dans l’économie agricole, la
femme assume une charge importante mais au sein de la famille ; elle n’a
aucun statut en dehors de la famille, voire du village ou de la tribu. Ses
tâches sont énormes, son temps est réparti entre les soins de sa famille et
les travaux agricoles. Dans les villes, les travaux agricoles étaient
compensés souvent, par les travaux d’aiguilles et la confection d’articles
d’artisanat. Dans un cas comme dans l’autre, le travail de la femme n’était
pas rémunéré car, et c’est encore le cas aujourd’hui, dans certaines
régions et dans divers pays, son travail correspondait à sa mission de
fille, d’épouse ou de mère.
L’avènement de la révolution
industrielle
Jusqu’au
XVIIIème siècle, la plupart des femmes se trouvaient dans cette situation.
Quelles que soient leurs origines, et le pays de leur naissance ou de leur
résidence, leur vie était régie par la place qu’elles détenaient dans leur
famille. Leur citoyenneté ne pouvait s’exprimer en dehors de leur père, leur
mari et à défaut leur tuteur. L’accès de la femme au travail et la
rémunération de ses efforts vont contribuer à transformer cette situation.
En effet, progressivement, la femme investit le monde du travail en tant
qu’ouvrière dans les usines. En Europe et ailleurs, les guerres accentuent
le processus, les usines ont besoin de main-d’œuvre pour remplacer les
hommes mobilisés. Elle investit également, certains secteurs publics tels
que les services de santé et de l’enseignement qui prolongent ses fonctions
maternelles naturelles. Toujours est-il que son travail salarié est d’abord
perçu comme une contrainte de la vie. Il engendre des ressources
complémentaires au père ou au mari, et de manière générale à la famille.
Avec le temps, le travail rémunéré conforté par l’accès de la femme à
l’éducation, deviendra une forme d’expression et de confirmation de
l’identité de la femme sans pour autant perdre son caractère de nécessité
économique. Autrement dit, en lui assurant l’autonomie financière, le
travail de la femme se transforme en facteur de promotion sociale et non,
comme c’était le cas auparavant, une simple réponse à son indigence.
Les transformations démographiques
et les mutations économiques et sociales
Ayant gagné
son autonomie, la femme se mobilise pour réussir sa citoyenneté. Dynamique
mais maillon faible de la famille, la femme n’en sera pas moins l’acteur
principal des mutations des comportements sociaux et des relations dans la
famille. Son espace strictement interne s’étend par son travail à
l’extérieur qui était le domaine réservé des hommes. Le temps qu’elle
réservait à sa famille diminue même si elle continue, et aujourd’hui encore,
à s’occuper des travaux domestiques. La nouvelle organisation du temps et la
sécurité financière auront des conséquences au niveau de l’âge du mariage et
du taux de fécondité. Il s’en suit une situation nouvelle : la famille se
rétrécit, le caractère patriarcal perd du terrain, les valeurs familiales
s’amenuisent et de nouveaux modèles culturels voient le jour. Bref, la
famille traditionnelle recule et on assiste à la valorisation de l’individu
et à l’émergence de nouvelles structures telles que les syndicats, les
associations et les partis politiques.
Le retard des pays du Sud
L’évolution
de la femme à travers le monde ne s’est pas opérée avec la même cadence, ni
selon le même scénario. Elle a été plus ou moins lente, en considération des
conditions politiques et économiques de chaque nation et de la dimension
socioculturelle de chaque peuple. Si la situation de la femme dans les pays
occidentaux est celle qui est développée ci-dessus, il n’en est pas de même
dans les autres pays, d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine. Jusqu’au
milieu du XXème siècle, la plupart de ces pays étaient des colonies ou des
protectorats et se distinguaient par des économies traditionnelles et
faibles. C’est dans ces pays où se trouve actuellement le plus grand nombre
de femmes pauvres et dépourvues de statut économique. Néanmoins, l’accès de
la femme à l’éducation a constitué un facteur dynamisant pour la promotion
des femmes dans ces pays. Bien que l’illettrisme est encore très répandu, il
n’en demeure pas moins que les femmes font preuve d’une prise de conscience
extraordinaire de leur situation ainsi que de courage et d’ingéniosité pour
améliorer leurs conditions de vie et intégrer le développement. Si l’écart
entre pays développé et pays à faible revenu reste important, vu du côté du
statut de la femme, on constate que certains pays en développement ont brûlé
les étapes et sont arrivés à un degré de promotion de la femme, analogue à
celui des pays occidentaux. La volonté politique, les stratégies adoptées
et les mesures d’accompagnement ont conforté les efforts accomplis par les
femmes de ces pays.
III. / La femme acteur du
développement
A.
La femme acteur du changement
L’évolution
extraordinaire opérée par la femme, ne lui a pas conféré facilement le
statut d’acteur du développement. Pendant longtemps et en dépit de son
investissement dans la vie active, elle est restée un travailleur
consciencieux, souvent pas aussi bien rémunéré que l’homme et végétant dans
les échelles inférieures de la hiérarchie professionnelle et sociale.
Les différentes étapes de
promotion de la femme
L’accès des
femmes à tous les niveaux de la formation, y compris les plus spécialisés,
leur volonté de réussir, l’allégement de leur travail domestique par le
recours à des appareils ménagers modernes et l’amélioration de leurs
conditions de vie et la transformation des comportements sociaux, leur
permettent de s’affirmer et de s’organiser de manière à faire face à leurs
obligations familiales comme à leurs devoirs professionnels. Elles prennent
conscience de la nécessité d’établir des plans de carrière ou de créer
leurs propres entreprises.
L’affirmation du statut de la
femme
Mais la
participation des femmes dans la vie publique, reste en dépit de cela,
limitée alors même que sa formation poussée aux degrés les plus élevés et
ses compétences lui permettent d’accéder aux emplois les plus variés et à
différentes fonctions de responsabilité dans le public comme dans le privé.
Le rôle du mouvement associatif
Pour
compenser cette exclusion, la femme, trouvera dans les associations, un
terrain propice pour s’exprimer, plaider pour l’amélioration de son statut
et défendre sa vision à l’égard des sujets qui préoccupent sa collectivité,
son pays et par suite l’humanité. Sous son impulsion, se créent des milliers
d’associations aux préoccupations variées. Humanitaires, dans une première
phase, les associations créées ou dominées par les femmes touchent à tous
les aspects de la vie politique, économique, sociale, culturelle,
scientifique, écologique… . Comme on dit, la femme est de toutes les
causes. Par ailleurs, la femme s’impose en tant qu’acteur de proximité,
démontrant des compétences indéniables d’assistance et d’insertion des
populations démunies ou en situation précaire. En effet, la complexité de
la vie, l’accroissement des besoins et la mobilité des populations,
l’urbanisation intense et l’éclatement des systèmes traditionnels de soutien
et de cohésion sociale, incitent les femmes à créer de nouvelles structures
où s’expriment de nouvelles formes de solidarité et de citoyenneté.
Cette forme
d’expression renforce davantage la confiance des femmes en elles-mêmes et
les encourage à investir la vie politique. Commencé timidement lors de la
deuxième moitié du XXème siècle, le mouvement s’élargit peu à peu. Les
femmes sont représentées au Parlement et prennent en charge des
portefeuilles ministériels. Certaines mêmes dirigent les gouvernements. Par
ailleurs, on les retrouve de plus en plus dans la gestion communale. Mais ce
mouvement outre qu’il n’est pas général, reste loin de la parité souhaitée
par les femmes.
B.
Les politiques engagées pour la promotion de la femme
La
volonté de la femme et les efforts qu’elle a accomplis pour opérer le
changement, n’auraient pas suffi à favoriser sa promotion si, par ailleurs,
la société dans son ensemble n’avait pas suivi et si les décideurs
politiques n’avaient pas adopté des mesures appropriées.
Phénomène
sociétal, fruit du développement et des mutations sociales, la promotion de
la femme a été plus ou moins encouragée, voire imprimée par des décisions
politiques.
Dans les
sociétés traditionnelles, la femme est modelée par les valeurs familiales et
le système socioculturel dominant qui voit dans la différence biologique
une différence sociale dans les aptitudes et les compétences entre les
sexes. Cette différence se traduit par l’incompétence supposée de la femme à
assumer certains rôles et à se voir confier certaines attributions. La
femme est un être faible et dépendant de l’homme à qui elle doit être
soumise, à charge pour lui d’assurer sa protection.
Le caractère
discriminatoire de cette situation sera perçu au fur et à mesure de
l’élargissement des connaissances et du savoir des femmes.
L’accès des femmes à l’éducation
est, à raison, considéré comme le premier acte politique pris en faveur de
la femme. Le caractère obligatoire de l’éducation gagnera progressivement la
résistance des familles.
Les mesures prises en matière de
planification familiale et le développement des systèmes de santé
contribuent à l’allégement des charges familiales de la femme, au
renforcement de son immunité sanitaire et de celle de ses enfants. Grâce
aux programmes de santé mis en œuvre, la mortalité prénatale et infantile
régresse ; il en est de même de la mortalité maternelle. La femme acquiert
un bien-être qui lui permet de concilier sa vie familiale et sa vie
professionnelle.
L’organisation du travail
et sa réglementation sont un autre facteur de promotion de la femme. La
levée des comportements et des réglementations discriminatoires du travail
des femmes dans divers domaines et l’instauration de règles tenant compte de
sa situation (congé de maternité, période d’allaitement, éducation des
enfants en bas âge, temps aménagé…), ouvrent de nouvelles perspectives à la
femme. Une série de conventions internationales ont été adoptées par l’OIT
: Convention n°111 concernant la discrimination en matière d’emploi et de
profession, Convention n°100 concernant l’égalité de rémunération entre
l’homme et la femme, Convention n°138 concernant l’âge minimum d’admission à
l’emploi…
La promulgation de conventions en
matière de Droits de l’Homme reconnaissant aux êtres humains les mêmes
droits et les mêmes obligations.
Il s’agit pour l’essentiel du Pacte international relatif aux droits
civiques et politiques, le pacte international relatif aux droits
économiques, sociaux et culturels. En ce qui concerne la femme, on note tout
particulièrement la Convention sur l’élimination de toutes formes de
discrimination à son égard (CEDAW). Avec cette nouvelle approche, le
concept du genre prend de l’ascendant sur la notion de différence sociale
qui ne peut être que discriminatoire. Outre la prise en compte de ces
conventions par les lois internes, des structures (observatoires, conseils,
commissions…) sont mises en place pour suivre et évaluer l’application de
ces mesures.
La modification du code de la
famille,
dans le sens d’une meilleure répartition des rôles du père et de la mère et
de l’instauration d’un pouvoir partagé dans la gestion des affaires
familiales confortent le sentiment d’équité et de justice des femmes.
L’instauration de la démocratie
et la prise de conscience de la nécessité de faire participer toutes les
populations aux affaires du pays, ouvrent la voie à la femme d’élire et
d’être élue dans les conseils communaux et au niveau du Parlement.
L’initiation de mesures d’encoragement
à la représentation politique de la femme et son accès aux postes de
responsabilité
par
l’instauration de systèmes de quotas, couronnent l’ensemble des
mesures prises pour favoriser la promotion de la femme et consolider son
rôle dans le développement.
Mais ces
mesures n’ont pas un caractère général. La promotion de la femme et la
consolidation de sa position sont étroitement liées à la stabilité et au
degré d’ouverture politique de chaque pays, ainsi qu’à son développement
socio-économique.
IV. / Une lecture du cas du Maroc
Le processus
de promotion de la femme marocaine, se retrouve dans les tendances exposées
dans les développements précédents. Mais son déclenchement est plus tardif.
Il coïncide avec l’indépendance du Maroc intervenue en 1956.
L’avènement de l’indépendance : La
scolarisation des filles
Pays de
culture arabo-musulmane, le Maroc de l’indépendance est dominé par des
pratiques traditionnelles où la femme est respectée mais n’a aucun statut en
dehors de sa famille.
L’ouverture des portes de l’école
aux femmes par feu Sa Majesté Mohammed V, fût déterminante pour la promotion
féminine. Cette politique sera accélérée et consolidée par feu Sa Majesté
Hassan II et par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Représentant actuellement
plus de la moitié de la population marocaine, la femme connaît une
promotion extraordinaire fruit de son accès massif à l’éducation et des
mutations socio-économiques connues par le Maroc.
L’évolution du concept de la
famille
La scolarisation, le développement
de l’industrie et de la technologie, le salariat, l’urbanisation, le recul
des activités agricoles, la valorisation de l’individu, les avancées
politiques, ont généré des transformations sociales et démographiques
importantes et ont donné lieu à des modèles culturels différents du vécu
marocain des années cinquante, dominé alors, par des structures familiales
façonnées autour de l’homme. C’est vrai, qu’en plus de sa fonction
procréatrice, la femme assumait une charge importante au sein de la famille
en tant qu’assistante agricole ou de soutien économique grâce à ses travaux
d’aiguille, de tissage, de confection de tapis et d’ustensiles utiles à la
famille et autres produits dont une part était commercialisée par des canaux
traditionnels et essentiellement par les hommes. Bref, bien qu’active, la
femme se devait d’être un sujet obéissant.
Le recours de la femme au travail
rémunéré
La scolarisation et l’accès de la
femme au travail rémunéré changeront considérablement la donne. Ses premiers
diplômes lui permettent d’être recrutée dans divers secteurs publics et
privés. Considéré comme une réponse à des contraintes économiques, le
travail de la femme deviendra par la suite un facteur de promotion sociale.
Cette transformation intervient au cours des années quatre-vingt avec
l’arrivée en masse d’un grand nombre de diplômées de l’enseignement
supérieur et l’ouverture du Maroc sur la modernité. En s’assurant son
autonomie financière, la femme affirme son identité et son statut en tant
qu’acteur social et économique. La femme devient ainsi, une source
d’énergie extraordinaire et un levier remarquable du développement
économique et social du Maroc. Son ascendance prendra des proportions
importantes et aucune activité ne lui échappe même celles supposées
exclusivement masculines. On la retrouve à tous les niveaux de
l’enseignement, médecin, avocat, magistrat et même président de tribunal ou
de chambre de la Cour Suprême, haut cadre de l’Administration et des
entreprises publiques ou privées. Elle s’inscrit très vite dans la haute
technologie, elle est ingénieur des mines, pilote d’avion … . Elle est aussi
journaliste, artiste.
Loin d’être élitiste, la
participation de la femme dans la vie active est importante. Dans
l’administration publique son taux de participation se situe au tiers de
l’effectif global. A l’indépendance du Maroc, ce taux était de 1,5%. De
manière générale, selon l’enquête réalisée par la Direction de la
Statistique en 2001, le taux d’activité des femmes âgées de 15 ans et plus
est de 25,5%. Ce taux ne tient pas compte du domaine informel où les femmes
tiennent une grande part mais souvent dans la précarité. Dans la fonction
publique, ce taux est de 34%. A la même date, le nombre des diplômées
supérieures était de 146000, certes inférieur à celui des hommes (268
519), mais sa progression sur 15 ans est beaucoup plus significative
(3,42 pour les femmes contre 2,22 pour les hommes). On assiste également à
une percée des femmes, toute relative, mais encourageante aux postes de
décision. En ce qui concerne le secteur public, on compte actuellement
17 femmes au poste de directeur de l’Administration centrale, trois
directeurs généraux d’établissement publics, trois doyens de facultés et une
présidente d’université. Le même phénomène est relevé en ce qui
concerne le secteur privé où les cadres féminins sont nombreux. Comme on
observe des créations de plus en plus nombreuses, d’entreprises par les
femmes, sans oublier le regroupement de femmes dans le cadre de
coopératives.
Les mesures d’encouragement du
travail de la femme
Toujours est-il, bien qu’en
retrait par rapport à l’homme, la femme marocaine contribue réellement, au
développement de son pays. Et si on perçoit encore des inégalités au niveau
du travail de la femme, celles-ci sont liées à des comportements sociaux et
non au législateur marocain qui n’a ménagé aucun effort pour respecter les
engagements internationaux du Maroc et garantir aux femmes l’exercice de
leur activité sur le même pied d’égalité que les hommes quel que soit le
domaine, privé ou public. Par ailleurs, la législation marocaine confirme le
droit de la femme au travail sans l’autorisation de son mari, impose
l’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes et permet aux
femmes de participer à la vie économique et sociale du pays, au même titre
que les hommes. Comme elle lui garantit le droit d’association et de
création de syndicats professionnels.
Les hautes fonctions exercées par
la femme ne doivent pas nous faire oublier ces métiers de proximité
(policier, facteur, chauffeur de taxi ou de bus…) qui sont perçus comme
étant valorisants, mais dont leur exercice met la femme en contact direct
avec les couches sociales les plus diverses attestant ainsi de l’acceptation
par la société marocaine du travail de la femme
Cette promotion bien qu’elle ne
satisfasse pas les femmes qui, à juste titre, ambitionnent à plus, n’a pas
été pourtant acquise rapidement. Elle se situe dans le cheminement d’un long
processus de transformation des structures familiales avec des effets
directs sur la reproduction démographique et le comportement de la femme qui
marque sa rupture avec le modèle traditionnel où elle se trouvait confinée
dans un rôle de procréateur. L’indice de fécondité connaît une diminution
importante. Il passe de 5,91 en 1980 à 2,97 en 1999. Quant à l’âge moyen à
la maternité, il passe pour la même période, de 29,8 à 33,3 ans. Outre
l’amélioration des indices sociaux (diminution des taux de mortalité
néonatale, infantile et de la malnutrition, augmentation du taux de
scolarisation même si le taux d’analphabétisme reste important surtout dans
le rural…), ces mutations se traduisent par la réduction de la taille de la
famille et par l’atténuation de son influence sur les individus au
profit d’autres structures plus modernes et notamment les partis politiques
et les associations qui vont contribuer à moderniser les fonctions de la
famille. Celle-ci évolue en termes de ménage avec un rôle plus
important pour la femme/
L’évolution du statut
économique et social de la femme et son dynamisme dans le mouvement
associatif
Plus que dans les partis, la femme
s’inscrit avec force dans les associations où elle s’adjuge un espace
d’expression et de décision. Et c’est sans surprise qu’on voit se multiplier
le nombre d’associations créées et dirigées par les femmes. C’est d’ailleurs
à travers les associations que la femme marocaine est arrivée à mieux
faire reconnaître l’exercice de sa citoyenneté, à engager les débats autour
des causes féminines et à défendre les intérêts communs à toutes les femmes
au-delà de leurs appartenances politiques et professionnelles comme en
témoignent les doléances des femmes à Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour la
révision du statut personnel pour corriger les injustices qu’elles
subissent en matière de mariage, de divorce et autres aspects relationnels
au niveau de la famille. La création d’une Commission Royale chargée de
faire évoluer ce dossier est une réponse directe au nouveau rôle de la
femme. L’évolution socio économique du Maroc rend en effet nécessaire
l’amélioration du code de la famille et du statut de la femme qui ont été
promulgués au lendemain de l’indépendance. Les modifications que ces textes
ont connues au début des années quatre-vingt, bien qu’importantes,
n’assurent plus à la femme la protection et la promotion auxquelles elle
aspire.
La femme acteur politique
On note également le dynamisme du
mouvement associatif féminin pour un plus grand accès des femmes aux postes
de décision et de représentativité politique. Les partis politiques ont été
jusqu’alors incapables de satisfaire leurs militantes. Ce fût Feu Sa Majesté
le Roi Hassan II qui brisera le tabou en nommant 4 femmes dans le
gouvernement, en 1997. Le premier gouvernement d’alternance issu des partis
politiques majoritaires n’en désigna que deux, en 1998. Mais le processus
étant lancé, il devient irréversible. Outre la nomination des femmes aux
postes de ministres, on note la désignation d’ambassadeurs ainsi que
l’élection de conseillers communaux de députés et conseillers
parlementaires. L’introduction du concept du quota dans le code électoral
s’est traduite par l’élection de 30 femmes dans le parlement actuel. Cet
événement, a été à juste titre, considéré comme un fait majeur dans la vie
politique marocaine.
Les avancées du Maroc dans le
domaine des Droits de l’Homme et des libertés publiques, sa détermination
pour l’édification d’un Etat démocratique et moderne constituent des gages
pour la promotion de la femme. Mais il reste beaucoup à faire pour
consolider les acquis de la femme.
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